LA PETITE REVUE
Critique littéraire et théâtrale
Sep 8, 2026
Le festin de Greenie
Charlotte Greenway, dite Greenie, est cuisinière, spécialisée en pâtisserie. Elle vit à New York avec Alan, un psychanalyste désabusé, et leur enfant de six ans, George. Leur couple est en crise et Greenie décide d’accepter le poste de cuisinière proposé par le gouverneur républicain du Nouveau Mexique, Ray McCrae. Autour d’eux gravite une galerie de personnages bien croqués : Walter, propriétaire d’un restaurant à Manhattan et son neveu Scott, adolescent difficile, le libraire Fenno McLeod et son perroquet Felicity, ou encore Saga, qui a partiellement perdu la mémoire dans un accident.
Le roman joue avec les stéréotypes, entre les new-yorkais démocrates – homosexuels hauts en couleur ou intellectuels rêveurs – et le gouverneur républicain, caricature du cowboy anti-avortement. Mais, à la façon des nappages des gâteaux de Greenie, ces clichés masquent une réflexion sensible sur les relations humaines. Entre les deux extrêmes de l’Amérique, le New York bobo et le Nouveau Mexique, symbole d’un pays conservateur qui élira Donald Trump, de subtils liens se tissent au-delà de tout manichéisme.
Si les arômes, les glaçages et les formes des gâteaux de Greenie – tout comme la couverture de l’édition Gallmeister – semblent tirer du côté d’une littérature feel good, les descriptions culinaires permettent en réalité un travail sur la langue (dont l’épisode d’une partie de scrabble dévoile toute la saveur), qui donne sa profondeur au récit.
Refaire le monde est un roman choral très maîtrisé, construit autour de mini-récits en légers décalages temporels qui s’entrelacent harmonieusement au récit principal, en une architecture aussi complexe que les pièces montées de Greenie. Il offre une vision nuancée, mais plutôt optimiste, des États-Unis au moment des attentats de 2001.
A.K.
Julia Glass, Refaire le monde, éditions Gallmeister, traduit de l’américain par Sabine Porte, coll. Totem », 2022, 688 p.
