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Elizabeth Jane Howard, « Étés anglais. La saga des Cazalets I »

Dec 31, 2019

Chronique d'une guerre annoncée

Le premier volume de la saga des Cazalet débute à Londres pendant l’été 1937. On y suit l’histoire de trois frères, Hugh, Edward et Rupert Cazalet, tous trois mariés et pères. Hugh, l’aîné, mari aimant, souffre de terribles migraines suite aux blessures de la première guerre mondiale. Edward, bel infidèle, est plus insouciant. Ils s’occupent tous deux de l’entreprise familiale. Le cadet, Rupert, artiste peintre qui a perdu sa première femme en couches, a épousé en secondes noces une jolie jeune femme superficielle et peu intéressée par la maternité. Les trois familles se rejoignent chaque été dans la demeure familiale, dans la campagne anglaise où résident leurs parents et leur sœur célibataire Rachel, secrètement amoureuse de son amie Sid.
 
Le roman mêle habilement les trajectoires individuelles et la vision d’ensemble d’une famille, véritable macrocosme où chacun évolue à l’intérieur d’une dynamique qui réunit adultes, enfants et domestiques, au gré d’alliances et de tensions qui évoluent au fil du temps au sein de cette famille élargie. En se concentrant sur les étés, l’auteur adopte un traitement original de la temporalité. Elle souligne ainsi l’ambiguïté de l’évolution de la situation à l’horizon de la deuxième guerre mondiale, entre montée des tensions et recul de la guerre. Le premier volume s’achève avec le discours de Chamberlain qui annonce la paix maintenue, tandis que le second volume s’ouvrira avec l’entrée en guerre de l’Angleterre l’année suivante.

Le roman est riche et se nourrit des nombreux personnages de cette famille élargie (et pour laquelle l’arbre généalogique joint au roman est d’une grande utilité !), les thèmes multiples : peurs et rebellions de l’enfance, traumatismes de la grande guerre, vie de couple, description de la bourgeoisie anglaise… le tout sur fond d’une guerre imminente.

Le récit se construit sur les détails, jouant sur une dilatation du temps qui fait entrer le lecteur de plein pied dans le monde des Cazalet avec force descriptions, du réveil des domestiques qui ouvre le livre aux listes de menus en passant par les émois amoureux, les achats de vêtements ou les récits de tromperies. Le premier volume s’attarde particulièrement sur la période trouble du passage de l’enfance à l’adolescence, autour des personnages de Polly, Louise et Clary, mais aussi sur l’enfance, ses peurs et sa logique charmante.

La variation semble être le maître mot du roman qui passe harmonieusement d’un personnage à l’autre, se glissant parfois dans la tête d’un paysan ou d’une institutrice célibataire, dressant des portraits émouvants des diverses couches de la société de l’époque.
Ce premier volume pose ainsi les fondements d’un univers que nous aurons plaisir à retrouver avec le deuxième volume dont la parution est prévue pour le mois d’octobre.
 
A.K.
 
Elizabeth Jane Howard, « Étés anglais. La saga des Cazalets I » [The Light Years. The Cazalet Chronicles], traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff, Editions de la Table Ronde, 2020, 577 p.

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