LA PETITE REVUE
Critique littéraire et théâtrale
Oct 3, 2026
André Marcon en majesté
Coup d’État en Pologne ! Aiguillonné par sa femme (Mélanie Page), le Père Ubu (André Marcon) fait exécuter le roi Venceslas et prend le pouvoir. Après avoir massacré les nobles et confisqué leurs biens, Ubu réforme la justice (qu’il rendra désormais lui-même), multiplie les impôts et déclare la guerre à son voisin russe. La révolte commence à gronder, menée par Bougrelas, le plus jeune fils de Venceslas.
Le texte fit scandale à sa création, en 1896. On comprend mal pourquoi, tant il apparaît aujourd’hui vieilli. Le grotesque et les inventions de langage ne font plus rire, et le comique de répétition alourdit parfois l’action. La soirée, pourtant, est intéressante, grâce à la mise en scène inspirée de Daniel Benoin.
Faire de Donald Trump un Père Ubu moderne est, en effet, une idée qui fonctionne extrêmement bien – et confère à la pièce une actualité brûlante. Voir, par exemple, Ubu lancer des billets à son peuple, résonne de manière troublante avec les récentes promesses du président américain de verser 5 000 dollars à chaque électeur en cas de victoire républicaine aux élections de mi-mandat.
Daniel Benoin crée quelques effets comiques bienvenus : tandis que Mère Ubu / Melania Trump multiplie les selfies dans le bureau ovale, son mari échappe de peu à un attentat – la balle, heureusement ( ?), lui effleure juste l’oreille… Mais surtout, son parti pris ne se fait jamais contre le texte et lui donne une profondeur inattendue : la guerre semble la seule issue possible d’une politique intérieure désastreuse et les gouvernants (russes comme américains) passent pour des enfants capricieux qui n’auraient jamais appris la frustration.
Servi par un travail vidéo élégant et neuf comédien.ne.s très convaincants, cette relecture de Jarry pourra déconcerter : elle nous a, au contraire, stimulés.
Y. A.
« Ubu roi », Théâtre de Paris, jusqu’au 25 octobre 2026 (durée : 1h20).