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« Quatrevingt-treize » au Théâtre de Poche

Sep 7, 2026

1793. Louis XVI est mort. Le gouvernement révolutionnaire, en conflit contre les monarchies voisines, ordonne la levée en masse des civils pour aller combattre. La Bretagne se révolte, la guerre civile fait rage. Le marquis de Lantenac (Stéphane Bierry) revient de son exil en Angleterre pour prendre la tête de la révolte contre-révolutionnaire. Face à lui, son neveu Gauvain (Alexandre Bierry), jeune idéaliste jugé trop tolérant par le Comité de salut public, mène les soldats républicains. Son ancien précepteur Cimourdain (Thomas Cousseau, excellent) est envoyé pour le surveiller. Pendant que les révolutionnaires, dont le sergent Radoub (Benjamin Boyer), poursuivent Lantenac, Michelle Fléchard (Pamela Ravassard) cherche ses trois enfants pris en otage par les troupes royalistes pour servir de monnaie d'échange.

Adapter sur scène (et, en l’espèce, sur un petit plateau) le roman de Victor Hugo est une gageure. Comment rendre le souffle hugolien, la multiplicité des protagonistes et des lieux, les images très fortes (comme celle de la guillotine, qui est presque un personnage à part entière) ? L’adaptation de Marion Bierry (qui signe aussi la mise en scène) fait un double pari. D’une part, alterner de courtes séquences d’action et des scènes plus conséquentes (la confrontation entre Marat, Robespierre et Danton, ou le monologue de Lantenac retenu prisonnier) et, d’autre part, évoquer, grâce à quelques éléments signifiants (un fusil, une longue vue…) plutôt qu’illustrer. Compte-tenu des contraintes matérielles, ces choix sont plutôt pertinents. Le spectacle joue donc sur les convenances théâtrales (parler à un personnage hors scène, faire jouer plusieurs rôles aux comédiens…), non sans astuce, et parfois même ironie. Ces partis pris acceptés, on entre avec plaisir dans cette saga en miniature.

L’habileté de la scénographie, qui réussit, avec quelques panneaux mobiles, à créer des lieux et des images, et l’enthousiasme de la distribution jouent pour beaucoup dans la réussite de l’entreprise. Le spectacle, qui réunit six comédien.ne.s (ce qui est de plus en plus rare en ces temps de disette budgétaire) est ambitieux, distrayant, et fait découvrir l’œuvre sans la trahir. C’est déjà beaucoup.

A. K. et Y. A.

« Quatrevingt-treize », Théâtre de Poche, jusqu’au 10 janvier 2027 (durée : 1h40).
Thomas Cousseau joue en alternance avec Julien Rochefort.
Pamella Ravassard joue en alternance avec Marine Montaut.

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