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« La Musica deuxième » au théâtre du Vieux-Colombier

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Le hall d’un hôtel à Évreux. Michel (Alexandre Pavloff) et Anne-Marie (Adeline d’Hermy) se retrouvent. Ils se sont aimés, mariés, trompés, et vivent séparés depuis trois ans. Leur jugement de divorce vient d’être prononcé ; chacun a refait sa vie. Durant une nuit, ils vont évoquer leur passion, leurs trahisons, « l’enfer des derniers mois ».

« La Musica » est, à l’origine, une pièce radiophonique écrite pour la BBC en 1965. Vingt ans plus tard, Marguerite Duras y adjoint un second acte, en apportant quelques ajustements à la première partie : c’est « La Musica deuxième », créée au théâtre du Rond-Point dans une mise en scène de l’autrice, avec Miou Miou et Sami Frey.

Les choix proposés aujourd’hui par Arnaud Desplechin ne convainquent guère : l’usage de la vidéo est superflu, la bande-son peine à créer une atmosphère, et les éclairages ne semblent pas justifiés par les enjeux dramatiques. La soirée, pourtant, est forte, grâce à ses deux interprètes et au texte de Duras. Adeline d’Hermy, d’une justesse et d’une sobriété constantes, donne à son personnage une humanité poignante. À ses côtés, Alexandre Pavloff est parfait dans les moments de retenue, d’abattement ou de tristesse, mais un peu plus artificiel quand la colère surgit. Quelques représentations (nous étions à la troisième) devraient suffire aux deux comédiens pour s’accorder parfaitement.

Saluons, enfin, la force du texte, aussi émouvant que profond. Dans une langue d’une grande beauté – et parfaitement limpide – Duras dissèque les faiblesses de chacun, la difficulté (peut-être même l’impossibilité) de vivre à deux, la fragilité des souvenirs et la force du lien qui subsiste, même après la séparation. Dans « Textes pour la presse » (parus chez Gallimard en 1985), l’autrice résume : « Ce sont des gens qui se sont aimés et qui se sont séparés. (…). Ils sont de bonne volonté, ils ont fait comme tout le monde, ils se sont mariés, ils se sont installés et puis voilà, ils ont été arrachés l’un à l’autre par les forces mauvaises de la passion. Ils ne savent pas encore qu’ils ont été "eus" ». Que l’on s’identifie ou non à ces amants désunis, leur « amour désespéré » ne laisse pas indifférent. Devant l’échec de son couple, Anne-Marie conclut : « Nous allons aimer moins maintenant, les autres gens. Moins. » C’est bouleversant.

Y. A.

« La Musica deuxième », Théâtre du Vieux-Colombier, jusqu’au 11 novembre 2026 (durée : 1h40).

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