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« Gardiennes » au festival off d'Avignon

Jul 17, 2019

« Je suis une femme d’une famille de femmes, fille unique d’une femme qui m’a élevée seule. » Ainsi commence le seul en scène que Fanny Cabon consacre à la lignée qui l’a accompagnée et élevée. Sa grand-mère a eu sept enfants, dont six filles. Chacune raconte sa vie, les grossesses à répétition, les avortements fréquents et souvent dangereux. Jacqueline y a déjà eu recours cinq fois. Micheline a tellement peur de tomber enceinte qu’elle s’évanouit lorsque son mari s’approche. Monique a failli mourir lors d’une intervention. Yvonne écrit son désespoir à son curé : enceinte pour la neuvième fois en douze ans de mariage, elle ne supporte plus ses enfants. Jeanine est devenue faiseuse d’anges, pour elle d’abord, puis pour ses sœurs et ses voisines.
 
Fanny Cabon a su trouver le ton juste pour évoquer le parcours de femmes ordinaires, à une époque où l’avortement était illégal, l’église et les médecins hostiles à toute forme de contraception. Chacune nous touche, dans son désespoir ou sa volonté de vivre. Jamais moralisateur, évitant tout pathos, le texte fait parfois froid dans le dos. La mise en scène de Bruno de Saint Riquier, inventive et très élégante, sert le propos sans jamais l’alourdir. La qualité d’écoute du public et l’émotion de certaines spectatrices à l’issue de la représentation ne trompent pas : « Gardiennes » est un témoignage important, sur un sujet difficile mais essentiel.
 
Y. A.
 
« Gardiennes », festival off d’Avignon, théâtre des 3 soleils, 15h05.

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