LA PETITE REVUE
Critique littéraire et théâtrale
Apr 12, 2026
Un spectacle nécessaire mais trop attendu
Plus de vingt ans après avoir été violée par un inconnu, Alma (Héloïse Janjaud), désormais trentenaire et future maman, est contactée par la brigade des mineurs. Grâce aux progrès scientifiques et à l’opiniâtreté de deux enquêtrices (Coraly Zahonero et Rébecca Finet), son agresseur vient d’être identifié. Alors que le cold case est rouvert pour retrouver d’autres plaignantes, Alma doit affronter le traumatisme réactivé par la procédure judiciaire.
Explorer les conséquences d’un viol et les mécanismes psychiques à l’œuvre chez les victimes, faire entendre leur voix, dénoncer l’ampleur du phénomène, dire la misère et la grandeur de la justice dans ces affaires : le propos de Pauline Bureau (librement inspiré du récit d’Adélaïde Bon, « La petite fille sur la banquise ») est important. Mais s’il est impossible de remettre en cause les intentions du spectacle, on peut émettre quelques réserves sur ses partis-pris.
Sur la forme, d’abord. Comédien.ne.s endossant plusieurs rôles, plateau divisé en espaces accueillant chacun un pan du récit, recours à la vidéo, parties chorales, changements de décor à vue : tout est parfaitement maîtrisé mais rien ne surprend plus.
Sur le fond, ensuite. Après une première partie très efficace, qui narre en parallèle les progrès de l’enquête et le parcours d’Alma, le rythme semble ralentir, les séquences s’allonger, jusqu’à une scène de procès un brin longuette. En soulignant (de manière parfois didactique nous semble-t-il) le propos, celui-ci perd de sa force, et l’on regrette que Pauline Bureau ne fasse pas davantage confiance au spectateur. Le spectacle, nécessaire, nous laisse finalement sur notre faim.
Y. A.
« Borderline » jusqu’au 19 avril 2026 au théâtre de la Colline (durée : 2h15) puis le 28 avril 2026 à Alençon, les 6 et 7 mai 2026 à Créteil et du 17 au 22 novembre 2026 au Centquatre (Paris).