LA PETITE REVUE
Critique littéraire et théâtrale
May 19, 2026
La nuit ne sera pas calme
Gérard Galvan (Olivier Saladin) se souvient. Voilà trente ans qu’il a vécu, en tant que FFI – faisant fonction d’interne – sa première garde aux urgences. C’était un dimanche soir ; il remplaçait alors quatre collègues. Étudiant présomptueux, Galvan rêve de sa future carte de visite (preuve irréfutable de sa réussite) et néglige un patient qui se plaint depuis plusieurs heures de « ne pas aller très bien ».
Dix ans après sa création, Olivier Saladin reprend ce spectacle écrit par Daniel Pennac. Le comédien, impeccable, s’amuse manifestement beaucoup à endosser les différents personnages du monologue : Galvan, bien sûr, jeune homme rêvant de grandeur, tour à tour enthousiaste et désespéré par le fonctionnement hospitalier, sa femme Françoise, ambitieuse pour deux, et ses collègues médecins.
Le texte offre (avec un seul patient !) une plongée réjouissante dans les différents services, de la chirurgie viscérale à l’urologie, de la neurologie au scanner. Mais Daniel Pennac évoque également la hiérarchie entre praticiens, l’absolue certitude de chacun d’avoir posé le bon diagnostic… et la propension des grands pontes à rabrouer l’interne. Plus que le portrait d’un futur urgentiste que cette folle nuit pourrait bien déciller, le texte présente un hôpital sur le point d’imploser, où rien ne se passe tout à fait comme prévu.
La mise en scène de Benjamin Guillard, efficace, réserve de jolies surprises, comme l’ouverture du décor lors de la scène finale. Si l’on peut regretter que des noirs plateau rompent un peu le rythme d’ensemble (d’autant que le public se croit obligé d’applaudir), la soirée, originale, est très plaisante.
Y. A.
« Ancien malade des hôpitaux de Paris » jusqu’au 26 juin 2026 (durée : 1h10).